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Anxiété sociale et EMDR : quand la peur du regard vient d'événements précis

La thérapie cognitivo-comportementale reste le traitement de référence de l'anxiété sociale. L'EMDR a une place plus étroite, mais réelle, quand la peur du regard s'est construite sur des scènes identifiables.

Par le Dr Hemmati · · Lecture 8 min

L'anxiété sociale est l'un des troubles anxieux les plus répandus et l'un des plus mal identifiés. Elle est souvent prise pour de la timidité, y compris par les personnes qui en souffrent, alors qu'elle organise des vies entières : des orientations professionnelles choisies pour éviter les réunions, des amitiés qui ne se nouent pas, des soirées annulées le jour même, des années passées à ne pas prendre la parole.

La question qui amène ici est presque toujours la même. La thérapie cognitivo-comportementale est proposée partout, et l'EMDR est aujourd'hui très visible. Laquelle choisir, et l'EMDR soigne-t-elle vraiment l'anxiété sociale ?

La réponse honnête tient en deux parties, et la première risque de décevoir.

Le traitement de référence n'est pas l'EMDR

Il faut le dire clairement, parce que beaucoup de sites ne le disent pas. Le traitement de première intention de l'anxiété sociale est la thérapie cognitivo-comportementale. C'est ce que retiennent les recommandations françaises, et le niveau de preuve accumulé depuis quarante ans y est sans commune mesure avec celui dont dispose l'EMDR sur cette indication précise.

Cette thérapie associe un travail sur les pensées, une exposition progressive aux situations redoutées, souvent un entraînement à l'affirmation de soi. Elle se compte en une douzaine à une vingtaine de séances. Dans les formes sévères ou résistantes, un traitement antidépresseur peut lui être associé, mais il n'est pas recommandé d'emblée.

Les travaux consacrés à l'EMDR dans l'anxiété sociale existent, et ils vont dans un sens favorable. Ce sont des études de petite taille, portant souvent sur des adolescents ou des étudiants, avec des effectifs de quelques dizaines de participants et un recul limité. Cela suffit à considérer la piste comme sérieuse. Cela ne suffit pas à en faire un traitement de première intention, et un praticien qui vous présenterait l'EMDR comme la réponse évidente à une anxiété sociale irait au-delà de ce que les données permettent.

Là où l'EMDR devient pertinente

Il existe pourtant une situation clinique où la question mérite d'être posée autrement, et elle est fréquente.

Demandez à quelqu'un qui redoute le regard des autres depuis vingt ans quand cela a commencé. Une partie des personnes répondent qu'elles ont toujours été comme ça. Une autre partie, souvent plus large qu'on ne l'imagine, raconte une scène. Un exposé en sixième où toute la classe a ri. Un professeur qui a humilié devant les autres. Une remarque d'un parent, répétée, sur la façon de parler ou de se tenir. Un blocage devant un jury, une phrase qui n'est pas sortie, un silence qui a duré. Une période de moqueries au collège.

Quand une scène de ce type est retrouvée, et surtout quand elle revient à l'esprit avec une netteté et une charge émotionnelle intactes des années plus tard, la question change de nature. On n'a plus seulement affaire à un schéma de pensée à corriger. On a affaire à un souvenir qui n'a pas été digéré et qui continue de commander la réaction du corps chaque fois qu'une situation lui ressemble.

C'est exactement ce que l'EMDR traite. Le modèle sur lequel elle repose considère que certains souvenirs restent stockés sous une forme brute, avec les sensations, les émotions et les croyances du moment où ils se sont formés. La croyance qui accompagne ces scènes est presque toujours la même : je suis ridicule, je ne vaux rien, tout le monde voit que je ne suis pas à ma place. Elle n'a pas vieilli avec le reste.

Un exemple de la manière dont le travail se pose

Une personne consulte pour une impossibilité de prendre la parole en réunion, qui bloque une évolution professionnelle. Elle décrit un cœur qui s'emballe, une gorge serrée, la conviction absolue que sa voix va trembler et que tout le monde le remarquera.

L'entretien retrouve un souvenir précis, une présentation ratée en début de carrière, après laquelle un supérieur avait fait une remarque devant l'équipe. Le souvenir est net, il provoque encore une réaction physique quand on l'évoque, et la croyance qui lui est attachée est je ne suis pas crédible.

Le travail ne consiste pas à convaincre cette personne qu'elle est crédible. Il consiste à retraiter le souvenir, jusqu'à ce qu'il perde sa charge et cesse de se réactiver à chaque réunion. Ce qui suit, l'exposition réelle aux situations, se fait ensuite avec beaucoup moins de résistance, parce que le corps n'y répond plus de la même manière.

Cet exemple est reconstitué à titre d'illustration. Aucune situation réelle de patient n'est rapportée ici.

Quand l'EMDR n'est pas le bon outil

Chez d'autres personnes, aucune scène ne se retrouve. L'anxiété sociale est là depuis l'enfance, sans événement déclencheur, sur un terrain de tempérament inhibé. C'est une situation fréquente, et elle relève de la thérapie cognitivo-comportementale bien davantage que de l'EMDR.

Retraiter un souvenir suppose qu'il y ait un souvenir à retraiter. Chercher à tout prix un traumatisme fondateur là où il n'y en a pas est une erreur, et une perte de temps pour la personne qui consulte. C'est l'une des choses que l'entretien initial sert à trancher.

D'autres situations imposent d'attendre ou d'aménager le travail : une consommation d'alcool non maîtrisée, souvent utilisée précisément pour affronter les situations sociales, une dépression caractérisée, une instabilité psychique importante. Ces éléments se repèrent en consultation et changent l'ordre des priorités.

Ce que le travail vise, concrètement

Rarement la disparition de toute appréhension. Une part d'inquiétude avant de parler en public est normale et partagée par la plupart des gens, y compris par ceux qui le font bien.

Ce qui se vise, c'est le passage d'une peur qui empêche à une appréhension qui accompagne. Pouvoir accepter une invitation. Poser une question en réunion. Répondre au téléphone sans préparer la phrase. Ne plus organiser sa semaine autour de ce qu'il faut éviter. Ces objectifs se fixent au début, en termes concrets, parce qu'un objectif formulé comme aller mieux ne permet de mesurer aucun progrès.

Une chose mérite d'être dite à ceux qui redoutent que leur trouble se voie : ce que les autres perçoivent de l'anxiété sociale est très inférieur à ce que la personne croit montrer. Le tremblement de voix, la rougeur, l'hésitation sont ressentis de l'intérieur avec une intensité que l'extérieur ne perçoit pas. Ce décalage est documenté, et le rappeler ne suffit à guérir personne, mais il fait partie de ce qui se travaille.

Combien de séances

Quand le travail porte sur un ou deux souvenirs identifiés, chez quelqu'un dont le fonctionnement est par ailleurs solide, quelques séances à une dizaine suffisent souvent. Les premiers changements ne sont en général pas perceptibles avant la troisième.

Quand l'anxiété sociale s'inscrit dans une histoire plus longue, avec des humiliations répétées sur plusieurs années, le travail est plus étendu et alterne des phases de retraitement et des phases de consolidation. Personne ne peut annoncer un nombre à la première consultation.

Le déroulement précis d'une séance, avec les huit phases du protocole, est décrit dans l'article consacré au déroulement d'une séance d'EMDR. Les séances peuvent avoir lieu au cabinet à Dijon ou en visioconférence.

Les deux approches ne s'opposent pas

C'est sans doute le point le plus utile de cet article. La question posée au départ, EMDR ou thérapie cognitivo-comportementale, est mal posée dans beaucoup de cas.

Quand l'anxiété sociale repose sur des souvenirs actifs, retraiter ces souvenirs rend l'exposition aux situations réelles beaucoup plus praticable. Et l'exposition reste indispensable : aucun retraitement ne remplace le fait d'aller effectivement dans les situations évitées. L'un prépare le terrain, l'autre consolide.

Une prise en charge sérieuse dit donc parfois qu'elle n'est pas la bonne, et oriente. C'est aussi ce qu'une première consultation permet de déterminer.

En pratique

La première consultation dure une heure. Elle commence par un entretien qui retrace l'histoire du trouble, cherche les événements déclencheurs quand il y en a, repère ce qui relève d'autre chose, et vérifie les traitements en cours. Si l'indication est posée, le travail commence dès cette séance.

La consultation est à 90 €, au cabinet à Dijon, à domicile ou en visioconférence. Secteur 2, honoraires libres. Ces séances ne sont pas remboursées par l'Assurance maladie, mais de nombreuses complémentaires santé en couvrent tout ou partie. Le détail figure sur la page consultations, et les demandes de rendez-vous passent par le formulaire de contact, avec un rappel sous 48 heures.

Cet article ne remplace pas une consultation. Il donne des repères généraux. Chaque situation demande une évaluation individuelle. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.

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