État de stress post-traumatique : ce que l'EMDR permet de traiter
Reviviscences, cauchemars, hypervigilance, évitement. L'état de stress post-traumatique est l'indication où l'EMDR dispose du niveau de preuve le plus solide.
Par le Dr Hemmati · · Lecture 8 min
C'est l'indication historique de l'EMDR, celle pour laquelle elle a été développée à la fin des années 1980, et celle où les données sont les plus solides. L'Organisation mondiale de la santé et la Haute Autorité de santé la recommandent dans la prise en charge de l'état de stress post-traumatique.
Reconnaître un état de stress post-traumatique
L'ESPT n'est pas une réaction normale qui dure un peu longtemps. C'est un tableau clinique constitué, qui associe quatre familles de symptômes présentes plus d'un mois après l'événement.
Les reviviscences. L'événement revient sans être appelé : images intrusives, cauchemars répétitifs, impression de le revivre. Ce ne sont pas des souvenirs ordinaires que l'on convoque, ce sont des irruptions.
L'évitement. On cesse de prendre la route, on change de trajet, on ne parle plus de ce qui s'est passé, on évite les lieux, les odeurs, les personnes qui rappellent. Cet évitement soulage à court terme et entretient le trouble à long terme.
L'hypervigilance. Sursauts au moindre bruit, sommeil superficiel, irritabilité, sensation d'être constamment sur le qui-vive, difficultés de concentration.
Les altérations de l'humeur et de la pensée. Culpabilité, honte, sentiment d'être différent des autres, perte d'intérêt, impression que l'avenir s'est raccourci.
Si vous vous reconnaissez dans plusieurs de ces éléments, il ne s'agit pas d'un manque de volonté ni d'une fragilité de caractère. Il s'agit d'un trouble qui se traite.
Pourquoi le temps seul ne suffit pas
Un souvenir ordinaire est digéré : le cerveau le range, le relie à d'autres, et sa charge émotionnelle s'atténue. Quand l'événement dépasse les capacités du moment, ce traitement ne se fait pas. Le souvenir reste stocké sous une forme brute, avec les images, les sons, les odeurs et les sensations corporelles du moment, isolé du reste de l'expérience.
C'est ce qui explique qu'un bruit de freinage, une intonation ou une odeur d'hôpital puisse tout réactiver dix ans après, avec la même intensité qu'au premier jour. Le temps ne traite pas ce qui n'a pas été traité. Il le recouvre.
Ce que fait l'EMDR
Le protocole vise à relancer ce traitement resté en suspens. Les stimulations bilatérales alternées, mouvements oculaires, sons ou tapotements, sont proposées pendant que vous gardez en tête un aspect précis du souvenir. Des séries courtes, entrecoupées de temps d'arrêt.
Le souvenir ne disparaît pas et l'événement n'est pas effacé. Ce qui change, c'est son statut : il devient un souvenir parmi d'autres, dont on peut parler sans être submergé, et qui ne s'impose plus.
Un point important : vous n'avez pas à raconter l'événement en détail. L'EMDR travaille sur ce qui se présente, pas sur le récit. C'est ce qui la rend accessible à des personnes qui n'arrivent pas à mettre des mots.
Combien de séances
Pour un événement unique et récent chez une personne par ailleurs stable, le retraitement se compte souvent en quelques séances, précédées d'une à deux séances de préparation.
Pour des traumatismes répétés, anciens ou survenus dans l'enfance, l'échelle est différente. La phase de préparation peut occuper plusieurs mois avant le premier retraitement, et cette lenteur est ce qui rend le travail supportable. Toute personne qui annonce un nombre de séances fixe avant de vous avoir reçu vous vend quelque chose.
Ce que l'EMDR ne fait pas
Elle n'est pas indiquée en présence de troubles psychotiques non stabilisés, dans certaines situations dissociatives sévères sans encadrement spécialisé, ni lorsque le danger est toujours actuel. On ne retraite pas un traumatisme qui n'est pas terminé.
Elle ne remplace pas un traitement en cours et ne dispense pas d'un suivi psychiatrique lorsqu'il est nécessaire. Et elle ne fonctionne pas sur tout le monde de la même manière : c'est le rôle de la première consultation d'évaluer si elle est indiquée dans votre situation.
Comment commencer
Par une consultation médicale au cabinet, à Dijon. C'est un entretien, pas une séance : votre histoire, vos antécédents, vos traitements en cours, et une évaluation de ce qui est indiqué. Le suivi peut ensuite se poursuivre au cabinet, à domicile ou en visioconférence.
Un exemple de déroulé
Prenons une situation fréquente : une agression survenue il y a huit mois, sans blessure grave, chez une personne qui allait bien auparavant. Depuis, elle ne sort plus seule le soir, sursaute quand quelqu'un marche derrière elle, et dort mal.
La première consultation reprend l'histoire, les antécédents, les traitements, et évalue la stabilité actuelle. Aucune séance n'est faite ce jour-là.
La deuxième séance est consacrée à la préparation : explication du protocole, installation du lieu sûr, repérage des ressources. On vérifie que la personne peut revenir au calme.
À partir de la troisième séance commence le retraitement. On choisit la cible : le plus souvent l'image la plus vive, ici le moment où elle comprend ce qui se passe. On identifie la croyance négative qui l'accompagne, presque toujours « je suis en danger » ou « je ne peux rien faire ». Puis viennent les séries de stimulations bilatérales alternées, entrecoupées de temps d'arrêt.
En général, deux à quatre séances de retraitement suffisent sur un événement de ce type. Les dernières séances installent la croyance positive et préparent les situations à venir : sortir le soir, reprendre le trajet évité.
Questions fréquentes
Combien de temps après l'événement peut-on commencer ?
Il n'y a pas de délai minimum absolu, mais on ne retraite pas dans les jours qui suivent : les réactions immédiates sont normales et évoluent souvent seules. La question se pose lorsque les symptômes persistent au-delà d'un mois. À l'inverse, il n'est jamais trop tard : des événements survenus vingt ans plus tôt se retraitent.
Faut-il revivre l'événement ?
Non, et c'est une confusion fréquente. L'EMDR n'est pas une exposition prolongée. Les séries sont courtes, entrecoupées de pauses, et vous gardez le contrôle. Vous n'avez pas non plus à raconter l'événement en détail.
Est-ce que je vais oublier ce qui s'est passé ?
Non. Le souvenir reste accessible et les faits ne changent pas. Ce qui change, c'est la charge émotionnelle qui l'accompagne et la façon dont il s'impose.
Peut-on faire de l'EMDR sous traitement ?
Oui dans la plupart des cas, et un traitement en cours n'est pas une contre-indication en soi. Certains médicaments, notamment les benzodiazépines à forte dose, peuvent réduire l'efficacité du retraitement : cela se discute en consultation, jamais en modifiant le traitement de son propre chef.
Et si l'événement est encore en cours ?
On ne retraite pas un traumatisme qui n'est pas terminé. Si le danger est actuel, la priorité est la mise en sécurité. Le travail de retraitement viendra après.
Cet article ne remplace pas une consultation. Il donne des repères généraux. Chaque situation demande une évaluation individuelle. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.
Consulter à distance : l'hypnose en visioconférence et l'EMDR en visioconférence.