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Hypnose

L'hypnose médicale : comment ça marche vraiment ?

Ce que dit la recherche, ce que l'on ressent pendant une séance, et surtout ce que l'hypnose ne peut pas faire.

Par le Dr Hemmati · · Lecture 7 min

Paroi de blocs de verre diffusant une lumière tamisée

C'est la question qui revient à presque chaque première consultation, souvent formulée avec une petite gêne : « Mais concrètement, ça marche comment ? » Derrière elle, il y a en général deux craintes : celle de perdre le contrôle, et celle de se faire avoir. Toutes les deux méritent une réponse claire.

L'hypnose est un état, pas un pouvoir

Première chose à poser : l'hypnose n'est pas quelque chose que le praticien vous fait. C'est un état de conscience que vous produisez vous-même, et que vous connaissez déjà.

Vous conduisez sur un trajet familier et vous arrivez sans vraiment vous souvenir des dix derniers kilomètres. Vous êtes plongé dans un roman et vous n'entendez pas qu'on vous parle. Vous fixez la mer et vos pensées partent ailleurs. Dans ces moments, votre attention se resserre sur un objet et se détache du reste : c'est très proche de ce qui se passe en séance.

La différence, c'est qu'en consultation cet état est provoqué volontairement, entretenu, et utilisé pour travailler sur quelque chose de précis.

Ce que montre l'imagerie cérébrale

Pendant longtemps, l'hypnose a été soupçonnée d'être une simple complaisance : le patient joue le jeu parce qu'on lui demande. Les travaux d'imagerie fonctionnelle des vingt-cinq dernières années ont largement écarté cette hypothèse.

Sous hypnose, l'activité cérébrale ne ressemble ni à celle de l'éveil ordinaire, ni à celle du sommeil. On observe des modifications de connectivité entre les réseaux attentionnels et le réseau dit « du mode par défaut », celui qui s'active quand l'esprit vagabonde. Autrement dit : le cerveau fonctionne différemment, ce n'est pas de la simulation.

Plus parlant encore : quand une suggestion hypnotique porte sur la douleur, les zones cérébrales qui traitent la composante désagréable de la douleur voient leur activité diminuer, alors que celles qui enregistrent le signal sensoriel restent actives. Le stimulus est toujours perçu ; c'est son caractère insupportable qui change.

Ce n'est pas la douleur qui disparaît. C'est le rapport que vous entretenez avec elle qui se modifie.

À quoi ressemble une séance

Une séance d'hypnose médicale dure entre quarante-cinq minutes et une heure, et suit à peu près toujours la même structure.

L'échange préalable. Où vous en êtes, ce qui a évolué, ce sur quoi on travaille aujourd'hui. Cette partie n'est pas un préliminaire : c'est là que je récupère vos mots, vos images, vos métaphores. Ce sont eux qui serviront ensuite.

L'induction. Vous êtes installé dans un fauteuil, les yeux ouverts ou fermés selon votre préférence. Par la voix, la respiration, la fixation d'un point ou l'attention portée aux sensations corporelles, vous entrez progressivement dans un état de détente et d'attention resserrée. Cela prend quelques minutes.

Le travail thérapeutique. C'est le cœur de la séance. Selon l'objectif, il peut s'agir de suggestions directes, de métaphores, de la construction d'un lieu ressource, d'un travail sur une sensation corporelle précise, ou d'une projection dans une situation future redoutée.

Le retour. Progressif, jamais brutal. Puis un temps d'échange : ce que vous avez vécu, ce qui a été facile, ce qui a résisté.

L'auto-hypnose. Je termine presque toujours par un exercice court à refaire chez vous. C'est ce qui fait la différence entre une séance agréable et un changement durable.

Les indications les mieux établies

L'hypnose n'a pas le même niveau de preuve selon les situations. Les domaines où les données sont les plus solides :

  • La douleur aiguë et l'hypnosédation. C'est l'usage le plus documenté. De nombreux blocs opératoires français y ont recours, seule ou en complément d'une anesthésie locale.
  • Le syndrome de l'intestin irritable. L'hypnose y fait partie des approches évaluées, avec des résultats reproduits par plusieurs équipes.
  • L'anxiété liée à un acte médical. Avant une chirurgie, un examen invasif, des soins dentaires.
  • La douleur chronique, dans une prise en charge globale, jamais seule.

Sur d'autres motifs (sommeil, arrêt du tabac, phobies), les données existent mais sont plus hétérogènes. Cela ne veut pas dire que ça ne fonctionne pas ; cela veut dire qu'il faut être honnête sur ce que l'on peut annoncer.

Ce que l'hypnose ne fait pas

Cette partie compte autant que le reste.

Elle ne vous fait pas perdre le contrôle. Vous entendez tout, vous pouvez parler, bouger, ouvrir les yeux, arrêter la séance. Une suggestion contraire à vos valeurs ne « prend » tout simplement pas.

Elle ne guérit pas les maladies organiques. Une tumeur, une infection, une fracture relèvent de la médecine conventionnelle. L'hypnose peut accompagner un traitement, jamais le remplacer.

Elle ne fait pas remonter des souvenirs fiables. Sous hypnose, la suggestibilité augmente, et le risque de fabriquer des faux souvenirs avec elle. C'est un usage que je ne pratique pas.

Elle ne fonctionne pas sur tout le monde de la même manière. La réceptivité varie d'une personne à l'autre. Certaines entrent en hypnose profonde en trois minutes, d'autres restent en surface, et obtiennent parfois d'excellents résultats malgré tout.

Et les contre-indications ?

Elles existent. Les troubles psychotiques, certains troubles dissociatifs et certaines situations psychiatriques aiguës contre-indiquent l'hypnose ou imposent un encadrement strict. C'est précisément pour cela que la première consultation est un entretien médical, et qu'aucune séance n'est réalisée avant.

Un outil, ni plus ni moins

L'hypnose médicale est un outil. Efficace dans certaines indications, inutile dans d'autres, contre-indiquée dans quelques-unes. Elle ne relève ni du miracle ni de la supercherie. Le praticien qui vous promet un résultat garanti est celui dont il faut se méfier.

Cet article ne remplace pas une consultation. Il donne des repères généraux. Chaque situation demande une évaluation individuelle. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.

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