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Après un accident de la route : reprendre le volant avec l'EMDR

Ne plus pouvoir conduire, sursauter à chaque freinage, revoir la scène en boucle. Ce que l'EMDR permet après un accident, et en combien de temps.

Par le Dr Hemmati · · Lecture 7 min

Route de campagne brumeuse aux marquages jaunes s'éloignant vers l'horizon

Un accident dure quelques secondes. Les conséquences psychiques, elles, peuvent occuper des années. Beaucoup de personnes que je reçois sortent d'un accident sans blessure grave, et se retrouvent pourtant incapables de reprendre le volant, ou de s'asseoir côté passager.

Ce que l'on observe après un accident

Les manifestations les plus fréquentes ne sont pas les plus spectaculaires.

La scène qui repasse en boucle, souvent au moment de l'endormissement. Le sursaut au moindre bruit de freinage. La crispation à l'approche du carrefour où c'est arrivé, ou le détour de dix kilomètres pour l'éviter. L'impossibilité de rouler sur voie rapide. Le sentiment d'être devenu un mauvais conducteur, avec la honte qui l'accompagne.

S'y ajoute souvent une culpabilité, y compris quand la responsabilité était clairement ailleurs. Et parfois une irritabilité nouvelle, un sommeil dégradé, une fatigue qui ne cède pas.

Pourquoi cela ne passe pas tout seul

Dans les jours qui suivent un accident, ces réactions sont normales et attendues. Le problème commence lorsqu'elles persistent au-delà d'un mois, ou lorsque l'évitement s'installe.

L'évitement est le mécanisme central. Ne plus conduire soulage immédiatement l'angoisse, et confirme au cerveau que la situation était bien dangereuse. Chaque évitement renforce la peur. C'est ce cercle qui fait qu'une gêne devient un handicap au bout de quelques mois.

Ce que l'EMDR permet dans cette situation

L'accident de la route est une situation typiquement favorable au travail EMDR : l'événement est unique, daté, identifié, et souvent survenu chez une personne qui allait bien avant.

Le travail porte sur les images restées les plus vives, celles qui reviennent : le choc, le bruit, le moment où l'on comprend que ça va arriver et que l'on ne peut rien faire. Ce sentiment d'impuissance est très souvent la cible centrale.

Concrètement, vous gardez cette image en tête pendant des séries courtes de stimulations bilatérales alternées, entrecoupées de temps d'arrêt où je vous demande simplement ce qui s'est présenté. Le souvenir se remet en mouvement, se relie à d'autres, et perd progressivement sa charge.

Une partie du travail est également tournée vers l'avenir : la reprise progressive de la conduite, préparée en séance avant d'être tentée en situation réelle.

En combien de temps

Sur un accident isolé, récent, chez une personne stable par ailleurs, le travail se compte souvent en quelques séances après une à deux séances de préparation. Les choses sont plus longues lorsque l'accident réactive des événements antérieurs, ou lorsqu'il s'accompagne de séquelles physiques et d'une procédure d'indemnisation qui maintient le sujet ouvert pendant des mois.

Le cas particulier des séquelles physiques

Quand l'accident a laissé des douleurs, deux choses se superposent : la douleur elle-même, et la charge émotionnelle du souvenir qui la ravive. L'EMDR agit sur la seconde. Elle ne remplace ni la rééducation, ni le traitement antalgique, ni le suivi orthopédique. Elle vient s'y ajouter, et c'est une distinction que je pose dès la première consultation.

Quand consulter

S'il y a plus d'un mois que l'accident est survenu et que la conduite reste impossible, que les images reviennent, que le sommeil est atteint, il n'y a pas de raison d'attendre. Plus l'évitement s'installe, plus il faudra de temps pour le défaire.

La première consultation a lieu au cabinet à Dijon ou en visioconférence, ce qui est particulièrement utile lorsque se déplacer est justement le problème.

Un exemple de déroulé

Un choc à un carrefour, six mois plus tôt. Pas de blessure sérieuse, un véhicule remplacé, un dossier d'assurance clos. Et depuis, l'impossibilité de repasser à cet endroit, un détour quotidien de vingt minutes, et une crispation dès qu'une voiture s'approche par la droite.

Après la consultation initiale et une séance de préparation, le retraitement porte sur l'image du véhicule qui arrive, celle qui revient le soir. La croyance associée est presque toujours la même : « je ne peux rien faire ».

Deux à trois séances suffisent souvent sur ce type de cible. Puis vient la partie tournée vers l'avenir : on prépare en séance le fait de repasser au carrefour, puis de le faire réellement, d'abord en passager, ensuite au volant, sur un trajet choisi et à une heure calme.

La reprise se fait par étapes, jamais en une fois, et jamais avant que le retraitement ait fait effet. Forcer la reprise trop tôt renforce l'évitement au lieu de le défaire.

Questions fréquentes

Et si je n'étais que passager ?

Cela ne change rien à l'indication. Le sentiment d'impuissance est souvent même plus marqué chez le passager, qui n'avait aucune prise sur la situation.

Et si je suis responsable de l'accident ?

La culpabilité est fréquente et fait souvent partie des cibles du travail. Elle est présente chez les personnes responsables comme chez celles qui ne le sont pas. Le retraitement ne consiste pas à vous déculpabiliser artificiellement, mais à faire cesser la scène qui tourne en boucle.

Faut-il attendre la fin de la procédure d'indemnisation ?

Non, et attendre peut coûter cher : une procédure peut durer des années, pendant lesquelles l'évitement s'installe. En revanche, une expertise à venir peut être préparée en séance, comme n'importe quelle situation anxiogène.

Mon enfant était dans la voiture, faut-il le faire consulter ?

Si des signes persistent au-delà de quelques semaines, oui : cauchemars, refus de monter en voiture, régression, irritabilité. L'EMDR se pratique chez l'enfant à partir de 5 ans, avec un protocole adapté et plus court.

Combien de séances au total ?

Sur un accident isolé chez une personne stable par ailleurs, comptez souvent quatre à six séances au total, préparation comprise. C'est un ordre de grandeur, pas un engagement.

Cet article ne remplace pas une consultation. Il donne des repères généraux. Chaque situation demande une évaluation individuelle. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.

Consulter à distance : l'hypnose en visioconférence et l'EMDR en visioconférence.

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