Deuil traumatique : quand le chagrin reste figé
Certains deuils ne suivent pas leur cours. L'image des derniers instants s'impose et empêche le souvenir de la personne. Ce que l'EMDR peut y faire.
Par le Dr Hemmati · · Lecture 7 min
Le deuil n'est pas une maladie et n'a pas à être traité. La tristesse, les vagues qui reviennent, le temps qu'il faut : tout cela suit son cours chez la grande majorité des personnes, sans aucune intervention.
Mais il arrive que ce cours s'interrompe. Que des mois, parfois des années plus tard, rien ne se soit apaisé, et qu'une image précise revienne sans cesse à la place du souvenir de la personne.
Ce qui distingue un deuil traumatique
Ce n'est pas l'intensité du chagrin qui fait la différence, c'est sa forme.
Dans un deuil qui suit son cours, la douleur est vive puis s'espace, et les souvenirs redeviennent accessibles dans leur ensemble : la personne telle qu'elle était, sa voix, ses habitudes, les bons moments.
Dans un deuil traumatique, un élément unique occupe tout l'espace et bloque l'accès au reste. Souvent l'image des derniers instants, la scène de l'annonce, le corps à l'hôpital, le coup de téléphone. On ne parvient plus à se souvenir de la personne vivante : ce qui remonte, c'est toujours la même image, et elle fait le même effet qu'au premier jour.
S'y ajoutent fréquemment une culpabilité qui ne cède à aucun raisonnement, l'impression que la mort n'est pas réelle, l'évitement de tout ce qui rappelle, ou au contraire une recherche permanente de traces.
Les situations les plus concernées
- Décès brutal : accident, suicide, mort subite.
- Décès dont on a été témoin, ou que l'on a découvert.
- Décès en réanimation, avec des images médicales très présentes.
- Deuil périnatal, où le deuil se double d'une expérience corporelle.
- Décès survenu dans un contexte où l'on n'a pas pu être présent, ou pas pu dire au revoir.
Ce que l'EMDR retraite, et ce qu'elle ne touche pas
C'est le point qui inquiète le plus, et il mérite d'être clair : l'EMDR ne fait pas disparaître le chagrin et n'a pas pour but de vous détacher de la personne. Le manque reste. L'amour reste.
Ce qui est retraité, c'est l'élément traumatique qui fait écran : l'image des derniers instants, la scène de l'annonce, le sentiment d'impuissance. Quand cette image cesse de s'imposer, ce qui revient, ce sont les autres souvenirs, ceux d'avant, redevenus accessibles.
Beaucoup de personnes décrivent cela comme le fait de retrouver la personne telle qu'elle était vivante, à la place de l'image qui avait tout recouvert.
Quand consulter, et quand attendre
Il n'y a pas de délai standard, et proposer un travail trop tôt n'a pas de sens : le deuil a besoin de son temps. En pratique, la question se pose lorsque plusieurs mois ont passé, que rien ne bouge, et surtout lorsqu'une image unique bloque l'accès au reste.
Elle se pose plus tôt si le fonctionnement quotidien est atteint : travail impossible, isolement, sommeil effondré. Dans ce cas, il faut consulter sans attendre, et pas seulement pour de l'EMDR.
Comment cela se passe
La première consultation est un entretien médical, au cabinet à Dijon ou en visioconférence. Elle sert à comprendre où vous en êtes et à évaluer si un travail est indiqué, ou s'il est encore trop tôt. Le dire fait partie de la consultation.
Si le travail est engagé, il est précédé d'une phase de préparation, et le suivi peut se poursuivre en visioconférence.
Un exemple de déroulé
Un décès brutal survenu il y a deux ans. La personne a repris le travail, tient le quotidien, et ne parvient pourtant à se représenter le défunt que d'une seule façon : la scène de l'hôpital, ou celle de l'appel téléphonique. Tout le reste est devenu inaccessible.
Après la consultation initiale et une préparation soignée, le retraitement porte sur cette image unique. C'est elle qui fait écran. La croyance associée est souvent « j'aurais dû faire quelque chose », ou « je n'ai pas pu être là ».
Ce qui se produit quand cette image perd sa charge est assez régulier : d'autres souvenirs reviennent, souvent anciens, souvent banals, et la personne retrouve accès à qui était le défunt de son vivant. Le chagrin, lui, reste. Il redevient simplement un chagrin, et non plus une scène qui se rejoue.
Le nombre de séances varie beaucoup. Il dépend du nombre d'images qui font écran, et de la présence ou non d'autres deuils non traités derrière celui-là.
Questions fréquentes
Est-ce que je vais oublier la personne ?
C'est la crainte la plus fréquente et la réponse est non. Le travail ne porte pas sur le lien, il porte sur l'image traumatique qui empêche d'y accéder. Les personnes décrivent plutôt l'inverse : elles retrouvent des souvenirs qu'elles n'arrivaient plus à convoquer.
N'est-ce pas indécent de vouloir aller mieux ?
La culpabilité d'aller mieux fait partie du tableau et se travaille comme le reste. Souffrir n'honore personne, et cesser de revoir en boucle les derniers instants n'est pas une trahison.
Combien de temps faut-il attendre après le décès ?
Il n'y a pas de règle. En pratique, la question se pose lorsque plusieurs mois ont passé et que rien ne bouge. Elle se pose plus tôt si le fonctionnement quotidien est effondré, ou en présence d'idées noires : dans ce cas, il faut consulter sans attendre.
Et pour un deuil périnatal ?
C'est une indication reconnue, avec une particularité : le deuil se double d'une expérience corporelle et souvent médicale. Le travail tient compte des deux, et de l'entourage qui a fréquemment du mal à reconnaître ce deuil comme un deuil.
Peut-on travailler sur plusieurs deuils ?
Oui, et il est fréquent qu'un deuil récent réactive des pertes anciennes jamais traitées. On procède alors dans l'ordre, en commençant en général par celui qui porte la charge la plus vive.
Cet article ne remplace pas une consultation. Il donne des repères généraux. Chaque situation demande une évaluation individuelle. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.
Consulter à distance : l'hypnose en visioconférence et l'EMDR en visioconférence.