Harcèlement au travail : traiter ce qui reste après
Le harcèlement s'arrête, et pourtant rien ne s'arrête. Perte de confiance, sursaut au son d'un e-mail, impossibilité de reprendre. Ce que l'EMDR permet de retraiter.
Par le Dr Hemmati · · Lecture 7 min
Une particularité du harcèlement au travail : il ne produit pas un événement unique et daté, mais une accumulation de scènes ordinaires. Une réflexion en réunion, un dossier retiré sans explication, un silence, une porte qui se ferme. Prise isolément, chacune paraît dérisoire. C'est leur répétition qui fait le dégât.
C'est aussi ce qui rend la situation si difficile à faire reconnaître, et si difficile à raconter : chaque scène, sortie de son contexte, semble peu de chose.
Ce qui persiste après
Le harcèlement s'interrompt, par une rupture, un arrêt, un changement de service ou de poste. Et souvent, rien ne s'arrête.
La vigilance reste. Le son d'une notification d'e-mail fait sursauter. On relit ses messages dix fois avant d'envoyer. On anticipe la critique dans chaque phrase neutre. On perd la capacité de trancher, alors qu'on la possédait sans effort quelques années plus tôt.
S'y ajoute une atteinte plus profonde, sur la valeur que l'on s'accorde. Les phrases entendues pendant des mois se sont installées comme des évidences : je ne suis pas à la hauteur, je suis lent, je suis un problème. Le raisonnement ne suffit pas à les déloger, parce qu'elles ne sont pas arrivées par le raisonnement.
Enfin, la reprise devient un obstacle. Postuler, passer un entretien, ou simplement franchir la porte d'un nouveau bureau réactive tout.
Pourquoi l'EMDR est adaptée ici
On associe l'EMDR aux traumatismes spectaculaires. Elle est tout aussi indiquée sur des souvenirs qui n'ont rien d'extraordinaire mais qui continuent d'agir : humiliation, rejet, mise à l'écart, sentiment d'impuissance.
Le travail ne consiste pas à retraiter des dizaines de scènes une par une. On repère les quelques souvenirs qui portent la charge, ceux qui reviennent, souvent trois ou quatre. Et l'on travaille sur la croyance négative qui s'est installée à travers eux.
Ce n'est pas de la pensée positive. Il ne s'agit pas de répéter que vous êtes compétent. Il s'agit de retraiter les expériences qui ont fabriqué la conviction inverse, pour qu'elle cesse de fonctionner comme une évidence.
Une part du travail tournée vers l'avenir
Le protocole EMDR prévoit un travail sur les situations à venir. Concrètement, l'entretien d'embauche, le premier jour, la première réunion sont préparés en séance avant d'être vécus. C'est souvent la partie qui débloque la reprise.
Ce que l'EMDR ne règle pas
Elle ne traite pas la situation elle-même. Si le harcèlement est en cours, la priorité n'est pas thérapeutique : elle est de faire cesser l'exposition. On ne retraite pas un traumatisme qui continue.
Dans ce cas, le premier travail est ailleurs : médecine du travail, arrêt si nécessaire, signalement, accompagnement juridique. La question du retraitement se pose une fois la personne en sécurité.
Elle ne remplace pas non plus la prise en charge d'un épisode dépressif caractérisé, fréquent dans ces situations, qui relève d'un traitement propre.
Comment commencer
Par une consultation médicale au cabinet, à Dijon. Elle sert à faire le point sur la situation, à évaluer l'état actuel, à repérer ce qui relève d'un traitement et ce qui relève d'un retraitement, et à décider de la suite. Le suivi peut se poursuivre au cabinet, à domicile ou en visioconférence.
Un exemple de déroulé
Deux ans de mise à l'écart progressive, une rupture conventionnelle, puis six mois sans travailler. La personne se dit « remise », et pourtant elle repousse chaque candidature, relit ses messages dix fois, et se réveille à quatre heures du matin.
Le premier temps consiste à repérer, dans deux années de scènes, les trois ou quatre souvenirs qui portent réellement la charge. Ce ne sont presque jamais les plus graves objectivement. C'est souvent une phrase précise, prononcée devant témoins, ou le moment où l'on a compris que personne n'interviendrait.
Le retraitement porte sur ces souvenirs et sur la croyance qu'ils ont installée : « je ne vaux rien professionnellement », « je suis un problème ».
Le troisième temps est tourné vers l'avenir : l'entretien d'embauche, le premier jour, la première réunion. Ces situations sont préparées en séance avant d'être vécues, et c'est en général ce qui débloque la reprise.
Questions fréquentes
Faut-il que le harcèlement soit reconnu juridiquement ?
Non. La reconnaissance juridique et le travail thérapeutique sont deux choses distinctes. On ne traite pas un dossier, on traite ce qui s'est inscrit. Une procédure en cours n'empêche pas de commencer, et le contenu des séances reste couvert par le secret médical.
Je suis encore en poste, est-ce le moment ?
Si l'exposition continue, la priorité n'est pas le retraitement mais la mise en sécurité : médecine du travail, arrêt si nécessaire, signalement. On ne retraite pas ce qui continue de se produire. Un accompagnement reste possible entre-temps, mais son objectif est différent.
Est-ce que ça va me faire accepter l'inacceptable ?
Non. L'objectif n'est pas de vous rendre tolérant à ce qui s'est passé, mais de faire cesser les réactions qui vous handicapent aujourd'hui. Beaucoup de personnes deviennent au contraire plus fermes une fois le travail fait.
Et si je fais un burn-out plutôt qu'un harcèlement ?
Les deux se recoupent souvent. L'épuisement professionnel relève d'abord d'une prise en charge propre, avec un arrêt et une reprise progressive. L'EMDR intervient sur les scènes traumatiques éventuelles, pas sur l'épuisement lui-même.
Combien de temps dure ce type de travail ?
Plus longtemps qu'un événement unique, moins qu'un traumatisme de l'enfance. Compter en général quelques mois, avec un rythme d'une séance tous les dix à quinze jours.
Cet article ne remplace pas une consultation. Il donne des repères généraux. Chaque situation demande une évaluation individuelle. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.
Consulter à distance : l'hypnose en visioconférence et l'EMDR en visioconférence.