Burn-out et EMDR : où le retraitement a sa place dans l'épuisement professionnel
L'épuisement professionnel n'est pas un traumatisme et ne se traite pas comme tel. Certains burn-out comportent pourtant des souvenirs qui continuent de fonctionner comme des souvenirs traumatiques, et c'est sur eux que l'EMDR travaille.
Par le Dr Hemmati · · Lecture 8 min
L'épuisement professionnel se reconnaît souvent à un détail : le repos ne répare plus. Un week-end, deux semaines de congés ne rendent plus l'énergie qu'ils rendaient. S'ajoutent un retrait progressif, une irritabilité inhabituelle, des oublis, et la sensation de ne plus rien faire correctement alors qu'on travaille autant.
La thérapie EMDR est de plus en plus présentée comme une réponse au burn-out. Elle peut avoir une place dans un parcours de soin, à condition de dire laquelle. L'épuisement lui-même n'est pas un souvenir à retraiter.
Un syndrome, pas une maladie
La Haute Autorité de santé définit le syndrome d'épuisement professionnel comme un épuisement physique, émotionnel et mental résultant d'un investissement prolongé dans des situations de travail exigeantes sur le plan émotionnel. Trois dimensions le composent : l'épuisement émotionnel, un retrait ou un cynisme vis-à-vis du travail, et la diminution du sentiment d'accomplissement professionnel.
Il ne figure pas comme maladie dans les classifications de référence. La classification internationale des maladies de l'Organisation mondiale de la santé, dans sa onzième révision, le range sous le code QD85, parmi les problèmes liés à l'emploi, et le qualifie de phénomène lié au travail. Il est absent du DSM-5.
Cette précision a une conséquence pratique. Dire « je suis en burn-out » décrit une situation, pas un diagnostic. Derrière le mot se trouvent, selon les personnes, un épisode dépressif caractérisé, un trouble anxieux, un trouble du sommeil installé, un état de stress post-traumatique, parfois une pathologie somatique qui explique une partie de la fatigue. C'est cela qui détermine la prise en charge.
Les facteurs de risque identifiés par l'Institut national de recherche et de sécurité relèvent très largement de l'organisation du travail : la surcharge et la pression temporelle, le faible contrôle sur sa propre activité, le manque de soutien des collègues ou de la hiérarchie, le sentiment d'injustice, les conflits de valeurs quand le travail demandé heurte les règles du métier, et l'insécurité de l'emploi.
Ce qu'il faut avoir écarté avant de commencer
La Haute Autorité de santé confie le repérage au médecin traitant ou à l'équipe de santé au travail, sur une analyse croisée des signes cliniques et des conditions de travail, et fait coordonner la prise en charge par le médecin traitant. Une psychothérapie peut en faire partie, mais elle vient après l'évaluation médicale, pas à sa place.
Une fatigue qui s'installe mérite un examen. Une anémie, une hypothyroïdie, un syndrome d'apnées du sommeil, un diabète donnent des tableaux qui ressemblent à un épuisement et se traitent autrement.
La distinction avec un épisode dépressif caractérisé compte autant. Quand la perte d'intérêt dépasse la sphère professionnelle, quand le sommeil et l'appétit sont durablement touchés, l'avis médical devient prioritaire. La Haute Autorité de santé rappelle que la prescription d'antidépresseurs ne se justifie que dans ses indications, face à un trouble anxieux ou dépressif caractérisé, et non devant un épuisement en tant que tel. Un traitement en cours ne doit jamais être arrêté ni modifié sans l'avis du médecin qui l'a prescrit.
Du côté de l'EMDR, certaines situations imposent d'attendre ou d'aménager le travail : un trouble psychiatrique non stabilisé, une dissociation importante, une consommation d'alcool ou de tranquillisants installée pour tenir. Un cas se rencontre souvent ici, celui d'une personne encore exposée. Retraiter des souvenirs de harcèlement pendant que le harcèlement continue n'a pas de sens : la mise à l'abri passe d'abord.
La part traumatique de l'épuisement
Beaucoup de burn-out s'installent par usure, sans événement marquant. D'autres contiennent des scènes précises, que la personne raconte encore des mois plus tard avec les mêmes mots et la même réaction physique.
Un entretien où l'on a été démoli devant l'équipe. Une mise au placard annoncée en deux phrases. Des mois de remarques humiliantes. L'agression verbale ou physique d'un client ou d'un usager. Un malaise au bureau et l'arrivée des secours. Un licenciement annoncé sans préavis, la restitution du badge le jour même.
Quand ces souvenirs reviennent avec des images nettes, un sursaut au bruit d'une notification, l'impossibilité d'ouvrir une boîte mail ou de passer devant les anciens locaux, ils fonctionnent comme des souvenirs traumatiques : stockés sans avoir été digérés, et toujours capables de déclencher l'alarme. L'article consacré au harcèlement au travail et à l'EMDR détaille cette configuration.
C'est cette part que l'EMDR cible. La dette de sommeil, la surcharge accumulée, la démotivation ne relèvent pas du retraitement, et les confondre conduit à attendre d'une thérapie ce qu'elle ne peut pas donner.
Ce que la recherche permet de dire
L'EMDR dispose d'un niveau de preuve solide dans une indication, le trouble de stress post-traumatique, où les recommandations internationales placent les psychothérapies centrées sur le trauma parmi les traitements de première intention.
Dans le burn-out, la situation est différente et il faut le dire clairement. Il n'existe pas d'essai contrôlé randomisé évaluant l'EMDR dans l'épuisement professionnel. On trouve des descriptions de cas, des protocoles proposés par des équipes, des retours d'expérience clinique. Des chiffres circulent sur des sites de praticiens, délais de retour au travail ou taux de rechute : ils ne proviennent pas d'études comparatives et ne permettent pas de conclure.
L'EMDR s'adresse donc à une composante du tableau, lorsque cette composante existe et qu'elle est repérée. Elle ne traite pas le syndrome entier, elle ne remplace pas l'arrêt de travail quand il est indiqué, et aucun résultat ne peut être annoncé à l'avance. Quand aucun souvenir ne donne prise, d'autres approches sont plus pertinentes, et le dire fait partie du travail de la première consultation.
À quel moment le retraitement se discute
Retraiter un souvenir demande de l'énergie et la capacité de revenir au calme avant de quitter le cabinet. Chez une personne au bout de ses réserves, commencer trop tôt expose à une séance éprouvante pour rien.
Les premières consultations servent donc à autre chose : retracer l'histoire, repérer les événements qui ont marqué, vérifier les antécédents, et installer des moyens de régulation utilisables au quotidien. Un exercice d'auto-hypnose ou un travail sur l'endormissement peuvent précéder le retraitement de plusieurs semaines.
Le travail EMDR proprement dit suit ensuite les huit phases décrites dans l'article sur le déroulement d'une séance. Les cibles habituelles dans cette indication sont au nombre de quatre :
- l'épisode professionnel le plus marquant, celui qui revient le plus souvent ;
- un souvenir plus ancien, quand la situation de travail a réveillé une histoire antérieure, humiliation scolaire ou exigence familiale de performance ;
- les déclencheurs actuels : une sonnerie, un type de mail, un trajet, une voix ;
- la projection sur ce qui vient, reprise du poste ou entretien de retour, travaillée en imagination.
Les objectifs se posent au début, en termes vérifiables : pouvoir ouvrir sa messagerie, tenir un entretien avec les ressources humaines, parler de ce qui s'est passé sans que le corps se remette en alerte. Le nombre de séances ne s'annonce pas avant la première consultation.
Ce que la thérapie ne changera pas
Une psychothérapie agit sur une personne. Elle ne modifie ni la charge de travail, ni le sous-effectif, ni le mode de management, ni le niveau d'autonomie laissé à un poste. L'Institut national de recherche et de sécurité situe la prévention de l'épuisement d'abord au niveau collectif, dans l'organisation du travail. La Haute Autorité de santé demande, elle aussi, d'agir sur le contexte socioprofessionnel à l'origine du trouble, et pas seulement sur ses effets. Un retraitement mené à son terme chez une personne qui revient au même poste, avec la même charge et le même encadrement, ne protège pas d'une rechute.
Le retour au travail se prépare donc ailleurs qu'en séance. La visite de pré-reprise auprès du médecin du travail peut être demandée pendant l'arrêt, et elle est obligatoire au-delà de trois mois d'absence. C'est là que s'examinent un aménagement de poste, un temps partiel thérapeutique ou une reconversion.
La reconnaissance en maladie professionnelle revient souvent dans les questions. Le burn-out ne figure dans aucun tableau. Une reconnaissance reste possible par la voie dite hors tableau, qui suppose un lien direct et essentiel avec le travail et un taux d'incapacité permanente prévisible d'au moins 25 %, apprécié par un comité régional. Ce seuil est rarement atteint. Le dossier relève du médecin traitant, pas de la psychothérapie.
La première consultation dure une heure. Docteur Hemmati y retrace l'histoire de l'épuisement, cherche les événements susceptibles d'être retraités, vérifie ce qui doit l'être sur le plan médical, et indique si l'EMDR a sa place à ce moment du parcours ou s'il vaut mieux attendre. Les séances ont lieu au cabinet à Dijon ou en visioconférence, ce qui permet de travailler sans se déplacer pendant un arrêt.
La consultation est à 90 €. Secteur 2, honoraires libres. Ces séances ne sont pas remboursées par l'Assurance maladie, mais de nombreuses complémentaires santé en couvrent une partie. Le détail figure sur la page consultations, et les demandes de rendez-vous passent par le formulaire, avec un rappel sous 48 heures.
Questions fréquentes
L'EMDR soigne-t-elle le burn-out ?
Elle ne traite pas l'épuisement lui-même. Elle peut retraiter les souvenirs professionnels qui continuent de déclencher une réaction physique, quand il en existe. Aucun essai comparatif n'a évalué l'EMDR dans cette indication, et aucun résultat ne peut être promis.
Combien de séances d'EMDR pour un burn-out ?
Cela dépend du nombre de souvenirs à retraiter, de leur ancienneté et de l'état général au départ. Un épisode unique chez une personne par ailleurs stable demande peu de séances, un parcours de plusieurs années demande davantage. Le nombre se précise au fil du travail.
Peut-on faire de l'EMDR pendant un arrêt de travail ?
Oui, et c'est fréquent. Le rythme se règle selon l'état de fatigue, et les premières séances ne sont pas forcément des séances de retraitement. Les questions relatives à l'arrêt lui-même, sa durée et son renouvellement, relèvent du médecin traitant.
Burn-out ou dépression, comment faire la différence ?
Un épuisement professionnel reste d'abord lié au travail, et l'intérêt pour le reste de la vie est souvent préservé, au moins au début. Un épisode dépressif caractérisé touche tous les domaines, avec une perte d'élan généralisée et des troubles du sommeil et de l'appétit. Les deux peuvent coexister. Cette distinction se fait en consultation médicale, et elle change le traitement.
Faut-il avoir quitté son emploi pour commencer ?
Non, mais il faut ne plus être exposé à une situation qui continue de nuire. Un arrêt de travail suffit généralement à créer cette distance. Tant qu'une exposition active se poursuit, harcèlement ou violence notamment, la priorité est la mise à l'abri, avec le médecin du travail.
EMDR ou hypnose pour un épuisement professionnel ?
Les deux approches répondent à des besoins différents. L'EMDR cible un souvenir qui continue de déclencher une réaction, l'hypnose médicale travaille davantage la régulation, le sommeil et la récupération. Elles sont souvent associées, et le choix se fait après l'entretien initial.
Cet article ne remplace pas une consultation. Il donne des repères généraux. Chaque situation demande une évaluation individuelle. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.
Consulter à distance : l'hypnose en visioconférence et l'EMDR en visioconférence.