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Phobie et EMDR : ce que le retraitement change, et ce qu'il ne remplace pas

L'exposition progressive reste le traitement de référence des phobies spécifiques. L'EMDR trouve sa place quand la peur a commencé avec un événement précis, et elle prépare l'exposition plus qu'elle ne la remplace.

Par le Dr Hemmati · · Lecture 8 min

Une phobie spécifique est une peur intense, déclenchée par un objet ou une situation précise, et sans commune mesure avec le danger réel. Les personnes qui en souffrent le savent très bien : elles ne croient pas qu'une araignée va les tuer ou que l'avion va forcément tomber. Le savoir ne change rien à la réaction du corps, qui se déclenche en une fraction de seconde.

Ces phobies sont fréquentes, plus souvent chez les femmes, et beaucoup de gens vivent avec sans jamais consulter. On consulte le jour où la phobie coûte trop cher : un voyage refusé, une prise de sang repoussée depuis des années, des soins dentaires abandonnés, un examen d'imagerie impossible, un enfant à qui l'on transmet sa peur.

L'EMDR est souvent présentée comme une solution rapide aux phobies. La réalité est plus nuancée, et la connaître permet de choisir le bon outil.

Les phobies les plus fréquentes

Les classifications distinguent plusieurs familles :

  • les animaux : araignées, serpents, chiens, oiseaux, insectes ;
  • l'environnement naturel : hauteurs, orages, eau profonde ;
  • le sang, les injections et les soins : prises de sang, piqûres, vue d'une plaie, dentiste ;
  • les situations : avion, ascenseur, tunnels, espaces clos, conduite ;
  • d'autres peurs plus rares mais très invalidantes, comme la peur de vomir ou celle de s'étouffer en avalant.

Le mécanisme est commun. La situation redoutée déclenche une alarme physique, on l'évite, le soulagement immédiat renforce l'évitement, et la peur s'étend peu à peu : à l'anticipation, aux images, parfois aux mots. Beaucoup de personnes finissent par avoir surtout peur de leur propre peur, c'est-à-dire de la panique qu'elles savent pouvoir ressentir.

Le traitement de référence reste l'exposition

Il faut commencer par là. Pour les phobies spécifiques, le traitement dont l'efficacité est la mieux établie est la thérapie cognitivo-comportementale, et plus précisément l'exposition progressive à ce qui fait peur, en imagination, en réalité virtuelle ou en situation réelle. Les données accumulées sur plusieurs décennies sont solides, et quelques séances suffisent souvent.

Aucun médicament n'est indiqué comme traitement de fond d'une phobie spécifique. Un anxiolytique peut être prescrit ponctuellement avant une confrontation inévitable, un examen par exemple, mais il ne traite pas la phobie.

Les travaux sur l'EMDR dans cette indication sont beaucoup moins nombreux. On dispose de séries de cas, de quelques essais de petite taille et de revues qui soulignent toutes la même limite. Un essai allemand publié en 2013 sur la phobie des soins dentaires a montré une diminution nette de l'anxiété et de l'évitement après trois séances ciblant des souvenirs de soins pénibles, par rapport à une liste d'attente, avec un effet encore présent un an plus tard. À l'inverse, une étude néerlandaise menée chez des enfants phobiques des araignées a trouvé l'exposition en situation réelle plus efficace que l'EMDR. Une méta-analyse de 2020 retrouve un effet de l'EMDR dans les phobies, en précisant que les études sont peu nombreuses et à risque de biais élevé.

Ces résultats justifient de considérer l'EMDR comme une option sérieuse dans certaines situations. Ils ne permettent pas d'en faire le premier choix pour toutes les phobies.

Quand l'EMDR a sa place

La question décisive est simple : la phobie a-t-elle commencé avec un événement ?

Une partie des phobies s'installe sans histoire particulière, dès l'enfance, sur un terrain anxieux. D'autres ont une date de naissance. Une morsure de chien à sept ans. Un vol traversé par de fortes turbulences. Un malaise lors d'une prise de sang, suivi de la honte de s'être réveillé au sol. Un soin dentaire douloureux sous une anesthésie insuffisante. Un épisode d'étouffement avec un aliment. Une gastro-entérite vécue dans un lieu public.

Quand un tel souvenir existe, et surtout quand il revient encore avec des images nettes et une réaction physique intacte, la phobie a souvent un fonctionnement proche de celui d'un souvenir traumatique. C'est dans cette configuration que l'EMDR est la plus pertinente : le retraitement porte sur le souvenir qui continue de commander l'alarme.

Quand aucun événement ne se retrouve, l'exposition garde l'avantage. Chercher à tout prix un traumatisme fondateur là où il n'y en a pas fait perdre du temps. L'entretien initial sert précisément à trancher ce point.

Comment le travail se construit

Le protocole utilisé dans les phobies suit les huit phases habituelles de l'EMDR, décrites dans l'article sur le déroulement d'une séance d'EMDR. Ce qui lui est propre, c'est l'ordre des cibles.

  1. Le premier souvenir, celui où la peur s'est installée, s'il est retrouvé.
  2. L'épisode le plus pénible vécu depuis, qui n'est pas toujours le premier.
  3. Les déclencheurs actuels : une image, un bruit de réacteur, l'odeur du cabinet dentaire, la vue d'une aiguille.
  4. La peur de la peur, quand l'anticipation d'une crise est devenue un problème à part entière.
  5. Un scénario futur, travaillé en imagination : le prochain vol, la prochaine prise de sang, du début à la fin.

Vient ensuite l'étape que beaucoup voudraient éviter : se confronter réellement à la situation. Le retraitement ne dispense pas de prendre l'avion ou de retourner chez le dentiste. Il rend cette confrontation beaucoup plus abordable, et c'est elle qui vérifie et consolide le changement. Une phobie qui a disparu en séance mais n'a jamais été testée dans la réalité n'est pas considérée comme traitée.

Les objectifs se fixent au début, en termes concrets : pouvoir faire un bilan sanguin, partir en vacances en avion, accompagner un enfant au parc sans le surveiller pour les chiens. Ne plus rien ressentir du tout n'est pas un objectif réaliste, et une légère appréhension résiduelle reste compatible avec une vie normale.

Ce qu'il faut avoir écarté avant

Une peur qui ressemble à une phobie n'en est pas toujours une, et plusieurs situations demandent un avis médical avant de commencer.

La peur de s'étouffer en avalant doit faire vérifier qu'il n'existe pas de difficulté réelle de déglutition, d'origine ORL ou digestive. Une peur de vomir qui conduit à manger de moins en moins, avec une perte de poids, change la nature de la prise en charge. Des palpitations ou des malaises qui surviennent aussi en dehors des situations redoutées méritent un bilan avant d'être attribués à l'anxiété. Et des crises d'angoisse qui apparaissent dans de nombreux contextes différents évoquent plutôt un trouble panique, dont le traitement n'est pas le même.

La phobie du sang et des injections a une particularité : elle peut provoquer un vrai malaise, avec chute de tension et perte de connaissance. En attendant d'être traitée, il est prudent de signaler cette peur avant chaque prise de sang et de la faire en position allongée.

Quant à l'EMDR elle-même, certaines situations imposent d'attendre ou d'aménager le travail : un trouble psychiatrique non stabilisé, une dissociation importante, une consommation d'alcool ou de tranquillisants utilisée pour affronter les situations. Un traitement en cours n'est pas une contre-indication. Il ne doit jamais être arrêté ou modifié sans l'avis du médecin qui l'a prescrit, y compris dans l'espoir que le retraitement marche mieux.

En pratique

Quand la phobie est liée à un ou deux événements identifiés, chez une personne par ailleurs stable, le travail se compte généralement en quelques séances, auxquelles s'ajoutent les confrontations réelles. Une phobie ancienne, étendue à de nombreuses situations ou mêlée à d'autres difficultés demande davantage. Personne ne peut annoncer un nombre précis avant la première consultation.

Cette première consultation dure une heure. Docteur Hemmati y retrace l'histoire de la phobie, cherche un événement déclencheur, vérifie les antécédents et les traitements en cours, et indique si l'EMDR est le bon outil ou si l'exposition seule serait plus adaptée. Les séances ont lieu au cabinet à Dijon ou en visioconférence. Pour les phobies qui imposent une confrontation réelle, une partie du travail se prépare plus facilement au cabinet.

La consultation est à 90 €. Secteur 2, honoraires libres. Ces séances ne sont pas remboursées par l'Assurance maladie, mais de nombreuses complémentaires santé en couvrent une partie. Le détail figure sur la page consultations, et les demandes de rendez-vous passent par le formulaire, avec un rappel sous 48 heures.

Questions fréquentes

L'EMDR peut-elle guérir une phobie ?

Elle peut réduire nettement une phobie, en particulier lorsqu'elle a commencé avec un événement précis. Aucune approche ne garantit un résultat, et les données sur l'EMDR dans les phobies restent limitées. La confrontation réelle à la situation fait partie du traitement.

Combien de séances d'EMDR pour une phobie ?

Cela dépend du nombre de souvenirs en cause, de l'ancienneté de la phobie et de ce qui l'accompagne. Une phobie liée à un événement isolé demande souvent peu de séances, une phobie ancienne et étendue davantage. Le nombre se précise au fil du travail.

Faut-il être exposé à ce qui fait peur pendant les séances ?

Pas pendant le retraitement, qui se fait à partir de souvenirs et d'images. En revanche, se confronter ensuite à la situation réelle est indispensable pour consolider le changement, à un rythme décidé ensemble.

EMDR ou hypnose pour une phobie ?

Les deux approches peuvent être envisagées, avec des logiques différentes. L'EMDR vise un souvenir déclencheur, l'hypnose travaille davantage sur l'anticipation et la gestion de la réaction. Le choix se fait après l'entretien initial. L'hypnose appliquée à l'anxiété est présentée sur la page hypnose et anxiété.

Et si je ne me souviens pas du début de ma phobie ?

C'est fréquent. Le travail peut alors porter sur l'épisode le plus pénible, les déclencheurs actuels et les situations à venir. Mais lorsqu'aucun souvenir ne donne prise, la thérapie par exposition est souvent le choix le plus pertinent.

Peut-on traiter la peur de l'avion avec l'EMDR avant un vol proche ?

Un vol prévu dans quelques jours laisse peu de marge. Il vaut mieux consulter plusieurs semaines avant, pour avoir le temps de retraiter ce qui doit l'être et de préparer le trajet en imagination. Un anxiolytique ponctuel éventuel relève du médecin traitant.

Cet article ne remplace pas une consultation. Il donne des repères généraux. Chaque situation demande une évaluation individuelle. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.

Consulter à distance : l'hypnose en visioconférence et l'EMDR en visioconférence.

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