Traumatisme médical : réanimation, accouchement, annonce
Un séjour en réanimation, un accouchement qui bascule, une annonce de maladie grave. Des soins nécessaires peuvent laisser des traces qui se traitent.
Par le Dr Hemmati · · Lecture 8 min
C'est une catégorie de traumatismes dont on parle peu, parce qu'elle met mal à l'aise : les soins qui ont sauvé une vie peuvent laisser des traces durables. Dire cela n'est pas mettre en cause les équipes. C'est reconnaître que l'urgence vitale se traite d'abord, et que le vécu vient après, quand il vient.
Après vingt ans passés en service d'urgences, c'est précisément ce constat qui m'a conduite à me former à ces approches.
Les situations concernées
Le séjour en réanimation. Intubation, sédation, désorientation, souvenirs fragmentaires et parfois délirants, impossibilité de parler ou de bouger. Les troubles psychiques après un séjour en réanimation sont fréquents et documentés.
L'accouchement traumatique. Césarienne en urgence, hémorragie, séparation d'avec le bébé, examen vécu comme intrusif, sentiment de ne pas avoir été entendue. Une naissance heureuse peut se doubler d'une expérience traumatique, et l'entourage a souvent du mal à l'entendre.
Le deuil périnatal, où le deuil se double d'une expérience corporelle et d'un vécu médical.
L'annonce diagnostique. La scène de la consultation où tout bascule reste parfois plus vive que la maladie elle-même : la phrase exacte, le ton, le décor de la pièce.
Les soins répétés et invasifs. Chimiothérapie, dialyse, pansements douloureux, examens sous contention, en particulier chez l'enfant.
L'accident médical et les complications inattendues, où s'ajoute souvent une perte de confiance envers le système de soins.
Ce que l'on observe ensuite
Des images qui reviennent, souvent liées à un détail sensoriel : une odeur de désinfectant, le bruit d'une alarme, la lumière des néons. L'évitement des lieux de soins, y compris pour un suivi nécessaire. Une angoisse majeure avant chaque rendez-vous. Des cauchemars. Chez les femmes après un accouchement traumatique, parfois un renoncement à une grossesse ultérieure, ou une difficulté d'attachement dont personne n'ose parler.
Le point le plus problématique est l'évitement des soins, parce qu'il a des conséquences directes sur la santé : un examen de suivi repoussé pendant deux ans, ce n'est pas anodin.
Ce que l'EMDR permet
Les traumatismes médicaux sont souvent de bonnes indications : l'événement est identifié, daté, circonscrit. Le travail porte sur les images les plus vives et sur le sentiment qui les accompagne, presque toujours l'impuissance, parfois l'humiliation d'avoir été un corps que l'on manipule.
Un objectif fréquent et très concret est de rendre possible le retour dans un lieu de soins. Le protocole prévoit une préparation des situations à venir : la consultation de suivi, l'IRM, la prise de sang sont travaillées en séance avant d'être affrontées.
Dans le cas d'un accouchement traumatique, le travail permet souvent de dissocier la naissance de l'enfant, qui doit rester un souvenir accessible, de l'expérience médicale qui l'a recouverte.
Les limites
L'EMDR ne traite pas la maladie et ne remplace aucun soin. Elle ne modifie pas un pronostic. Chez une personne en cours de traitement lourd, le travail se cale sur son état et sur le rythme des soins, en lien avec les équipes qui la suivent.
Elle n'est pas non plus indiquée pendant une phase aiguë instable. La question se pose quand la situation médicale est stabilisée.
Comment commencer
Par une consultation au cabinet, à Dijon. Elle sert à reprendre l'histoire médicale, à comprendre ce qui persiste, et à décider si un travail est indiqué. Le suivi peut se poursuivre au cabinet, en visioconférence, ou à domicile lorsque se déplacer est difficile.
Un exemple de déroulé
Une césarienne en urgence il y a trois ans. L'enfant va bien. La mère, elle, revoit le plafond du bloc, entend les alarmes, et ne supporte plus l'odeur des services hospitaliers. Elle a repoussé deux rendez-vous de suivi et a renoncé à une seconde grossesse sans l'avoir formulé ainsi.
Le travail identifie d'abord ce qui fait cible. Ici, ce n'est pas la césarienne en elle-même, mais le moment de séparation d'avec le bébé, et le sentiment de ne pas avoir été informée de ce qui se passait.
Après le retraitement, l'objectif suivant est très concret : rendre possible le retour dans un lieu de soins. Le rendez-vous de suivi est préparé en séance, étape par étape, avant d'être pris.
Un troisième temps, fréquent dans cette indication, consiste à séparer deux choses que le traumatisme avait soudées : la naissance de l'enfant, qui doit redevenir un souvenir accessible, et l'expérience médicale qui l'avait recouverte.
Questions fréquentes
Est-ce que je remets en cause l'équipe qui m'a soignée ?
Non, et les deux questions sont indépendantes. Des soins parfaitement conduits peuvent laisser un vécu traumatique. Reconnaître ce vécu n'est pas porter une accusation, et beaucoup de personnes se taisent précisément par crainte de paraître ingrates.
Je suis encore en traitement, est-ce possible ?
Cela dépend de l'état général et du rythme des soins. Pendant une phase aiguë ou instable, on ne retraite pas. Une fois la situation stabilisée, c'est possible, en tenant compte de la fatigue et en lien avec les équipes qui vous suivent.
Mon enfant a été hospitalisé, peut-il consulter ?
Oui, à partir de 5 ans, avec un protocole adapté qui passe davantage par le jeu et le dessin. Les soins répétés et les gestes douloureux chez l'enfant sont une indication reconnue.
Et l'anxiété avant un examen à venir ?
Elle se travaille, et c'est souvent la demande initiale : une IRM impossible à supporter, une coloscopie repoussée depuis des années. Le protocole prévoit une préparation des situations futures, et l'hypnose médicale peut aussi être utilisée pour cet objectif.
Combien de séances ?
Sur un événement médical unique et identifié, quelques séances suffisent souvent après la préparation. Un parcours de soins long, avec des expériences répétées, demande davantage de temps.
Cet article ne remplace pas une consultation. Il donne des repères généraux. Chaque situation demande une évaluation individuelle. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.
Consulter à distance : l'hypnose en visioconférence et l'EMDR en visioconférence.