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Traumatismes de l'enfance : les traiter à l'âge adulte

Maltraitance, négligence, insécurité, abandon. Quand ce qui s'est passé il y a trente ans continue de commander les réactions d'aujourd'hui.

Par le Dr Hemmati · · Lecture 8 min

Lumière filtrant à travers un rideau en tissu

C'est l'indication la plus délicate, et celle où il faut être le plus honnête sur les délais. Rien à voir avec le traitement d'un événement unique survenu l'an dernier.

De quoi on parle

Pas seulement des situations extrêmes. La maltraitance physique et les violences sexuelles en font évidemment partie, mais aussi des configurations plus silencieuses : la négligence, un parent imprévisible dont on guettait l'humeur, une insécurité permanente, un placement, une séparation mal expliquée, l'humiliation répétée, le sentiment d'avoir dû grandir trop vite.

Beaucoup de personnes que je reçois commencent par dire qu'il ne leur est rien arrivé de grave. Puis décrivent une enfance passée à surveiller les réactions des adultes.

Comment cela se manifeste trente ans après

Rarement sous forme de souvenirs envahissants. Plutôt sous forme de fonctionnements qui paraissent faire partie du caractère.

Une réaction disproportionnée à des situations objectivement mineures : un ton un peu sec, un message sans réponse, un rendez-vous annulé. Une difficulté à faire confiance, ou au contraire une confiance immédiate et sans filtre. Une peur de l'abandon qui abîme les relations. Une incapacité à dire non. Une exigence de perfection épuisante. Une impression permanente de ne pas être à sa place.

Souvent aussi des symptômes corporels sans cause retrouvée, et un sommeil difficile depuis toujours.

Le point commun est que ces réactions paraissent excessives, y compris à la personne qui les vit. Elles ne sont pas excessives : elles étaient adaptées à la situation d'origine, et elles n'ont jamais été mises à jour.

Pourquoi le travail est plus long

Sur un événement unique, on retraite un souvenir. Ici, il n'y a pas un souvenir, il y a un climat, étalé sur des années, et sans images précises pour beaucoup de personnes.

Il faut donc procéder autrement, et surtout plus lentement. La phase de préparation, qui occupe une ou deux séances sur un traumatisme récent, peut ici occuper plusieurs mois. Ce n'est pas du temps perdu : c'est ce qui rend la suite supportable. On installe des ressources, on apprend à réguler, on vérifie que la personne peut revenir au calme après une séance.

Cette lenteur est un critère de sérieux. Un praticien qui propose de retraiter des traumatismes de l'enfance dès la deuxième séance ne fait pas son travail.

Ce qui se passe ensuite

Une fois la préparation faite, le travail porte sur les souvenirs qui portent la charge, et surtout sur les croyances qu'ils ont installées : je ne vaux rien, je suis en danger, je dois me débrouiller seul, c'est de ma faute.

Ces croyances ne se déplacent pas par le raisonnement, parce qu'elles ne sont pas arrivées par le raisonnement. Elles se sont installées par l'expérience, et c'est par l'expérience qu'elles se modifient.

Ce qui change en général en premier n'est pas le souvenir, c'est l'intensité des réactions actuelles. Les situations qui déclenchaient une réaction disproportionnée cessent progressivement de le faire.

Les précautions

C'est le terrain où les contre-indications comptent le plus. Les troubles dissociatifs sévères demandent un encadrement spécialisé. Une situation de danger toujours actuelle, un contact encore subi avec l'auteur des faits, une instabilité majeure : autant de raisons de ne pas engager de retraitement pour l'instant.

Sur cette indication précise, je propose plutôt de commencer au cabinet quand c'est possible : la phase de préparation gagne à se faire en présence. Ce n'est pas une règle absolue, et cela se discute selon votre situation.

Un mot enfin sur les faux souvenirs : l'EMDR ne cherche pas à faire remonter des souvenirs oubliés, et ce n'est pas un usage que je pratique. On travaille sur ce dont vous vous souvenez.

Comment commencer

Par une consultation au cabinet, à Dijon, sans engagement sur la suite. Elle sert à faire le point et à dire honnêtement quel type de travail est envisageable, et sur quelle durée.

À quoi ressemblent les premiers mois

Il faut savoir à quoi s'attendre, parce que le décalage avec ce que l'on imagine est important.

Les premières séances ne comportent aucun retraitement. Elles servent à reprendre l'histoire, à repérer ce qui tient debout aujourd'hui, et à installer des outils de régulation. On vérifie concrètement que vous pouvez revenir au calme, seul, après une séance intense. Tant que ce n'est pas acquis, on n'avance pas.

Cette phase peut occuper deux mois comme six. Elle paraît lente, et c'est précisément ce qui distingue un travail sérieux d'un travail dangereux sur ce terrain.

Vient ensuite le retraitement, par petites unités, en commençant rarement par le souvenir le plus lourd. On travaille souvent d'abord sur des situations actuelles qui déclenchent des réactions disproportionnées, puis on remonte vers ce qui les alimente.

Ce qui change en premier n'est presque jamais le souvenir. C'est l'intensité des réactions du quotidien : une remarque qui ne fait plus le même effet, une soirée qui ne se termine plus en rumination.

Questions fréquentes

Je n'ai pas de souvenirs précis, est-ce que ça peut marcher ?

Oui. On travaille alors à partir de ce qui est disponible : des sensations, des impressions, des scènes actuelles qui déclenchent une réaction excessive. Il n'est pas nécessaire d'avoir un récit constitué.

L'EMDR fait-elle remonter des souvenirs oubliés ?

Ce n'est ni son objectif ni un usage que je pratique. La suggestibilité augmente dans certains états, et le risque de fabriquer des souvenirs avec elle. On travaille sur ce dont vous vous souvenez, pas sur ce que l'on chercherait à retrouver.

Faut-il en parler à ma famille ?

Non, rien ne vous y oblige, et le travail thérapeutique n'implique aucune confrontation. Certaines personnes choisissent d'en parler, d'autres non, et les deux sont possibles.

Est-ce que je vais me sentir plus mal au début ?

Les périodes de remous existent, notamment dans les jours qui suivent une séance de retraitement. C'est précisément le rôle de la phase de préparation que de les rendre gérables. Si vous vous sentez durablement plus mal, il faut le dire : cela signifie que le rythme est trop rapide.

Peut-on faire ce travail en visioconférence ?

C'est possible, mais sur cette indication je préfère commencer au cabinet quand les circonstances le permettent : la phase de préparation gagne à se faire en présence. Cela se discute au cas par cas, et l'éloignement n'est pas une raison de renoncer au travail.

Combien de temps au total ?

Cela se compte en mois, parfois en années, et personne ne peut l'annoncer à la première consultation. Ce que l'on peut dire dès le début, c'est le rythme envisagé et la façon dont on procédera.

Cet article ne remplace pas une consultation. Il donne des repères généraux. Chaque situation demande une évaluation individuelle. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.

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