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Douleur chronique : ce que l'hypnose peut changer

Quand la douleur persiste alors que les examens sont normaux, elle n'est pas imaginaire. Ce que l'hypnose peut y faire, et ce qu'elle ne peut pas.

Par le Dr Hemmati · · Lecture 7 min

Forêt se reflétant dans l'eau immobile d'un lac

« Les examens sont normaux. » Beaucoup de personnes que je reçois ont entendu cette phrase plusieurs fois, et l'ont comprise comme : vous n'avez rien, c'est dans votre tête. C'est un contresens, et il fait souvent plus de dégâts que la douleur elle-même.

Pourquoi une douleur persiste sans lésion

La douleur aiguë est un signal d'alarme utile : elle protège. Quand elle se prolonge au-delà de trois mois, elle change de nature. Elle n'informe plus sur un dommage en cours : elle devient une maladie à part entière.

Ce qui se passe alors est bien documenté : le système nerveux se sensibilise. Les voies de transmission deviennent plus réactives, le seuil de déclenchement baisse, les mécanismes inhibiteurs naturels perdent en efficacité. Le résultat, c'est un système d'alarme resté en position déclenchée alors que le feu est éteint.

La douleur est donc parfaitement réelle. Simplement, la chercher sur une IRM revient à chercher le défaut d'un logiciel en démontant le boîtier.

Deux composantes distinctes

C'est le point qui permet de comprendre l'action de l'hypnose. La douleur comporte deux dimensions traitées par des circuits cérébraux différents :

  • La composante sensorielle. L'intensité, la localisation, la qualité de la sensation : ça brûle, ça pique, ça serre.
  • La composante émotionnelle. Le caractère désagréable, insupportable, menaçant.

Les travaux d'imagerie sur l'hypnose analgésique ont montré qu'une suggestion portant sur le caractère désagréable de la douleur modifie l'activité du cortex cingulaire antérieur, la zone de la composante émotionnelle, sans toucher aux aires sensorielles. Concrètement : la sensation est toujours là, mais elle cesse d'occuper tout l'espace.

Le but n'est pas de supprimer la douleur. C'est de lui reprendre la place qu'elle a prise.

Ce que l'hypnose travaille concrètement

La modulation de la sensation. Par des suggestions de transformation : une brûlure qui devient tiédeur, un étau qui se desserre, une couleur qui change. Cela paraît naïf ; l'effet sur l'intensité perçue est pourtant mesurable.

Le déplacement de l'attention. Plus on surveille une douleur, plus elle occupe le champ de conscience. Le travail hypnotique entraîne la capacité à porter l'attention ailleurs, sans lutte.

Le cercle vicieux douleur-tension-douleur. La douleur crée une contraction protectrice, qui entretient la douleur. Casser cette boucle a un effet direct.

L'anticipation. Beaucoup de souffrance vient de la peur du prochain accès. Anticiper une douleur active déjà les circuits qui la produisent.

La reprise d'activité. C'est peut-être le plus important. La douleur chronique conduit à réduire les activités, ce qui déconditionne le corps, isole, et aggrave la douleur. Le travail vise à retrouver du mouvement, progressivement et sans forcer.

Dans quelles situations

Les indications les plus fréquentes au cabinet :

  • Migraine et céphalées de tension. L'hypnose fait partie des approches non médicamenteuses évaluées, y compris chez l'enfant.
  • Fibromyalgie. Dans une prise en charge globale associant activité physique adaptée et éducation thérapeutique.
  • Lombalgie chronique. Surtout pour le versant kinésiophobie, la peur du mouvement.
  • Douleurs neuropathiques. Post-zostériennes, post-chirurgicales, membre fantôme.
  • Endométriose. En complément du traitement gynécologique.
  • Syndrome de l'intestin irritable. L'une des indications où les données sont les plus convaincantes.
  • Douleurs liées au cancer. En soins de support, aux côtés du traitement antalgique.

Ce qu'il faut savoir avant de commencer

L'hypnose ne remplace ni bilan ni traitement. Une douleur nouvelle, qui change de caractère, qui réveille la nuit ou qui s'accompagne de fièvre, de perte de poids ou d'un déficit neurologique doit d'abord être explorée. Cela reste vrai chez quelqu'un qui a déjà une douleur chronique connue.

Les résultats sont progressifs. On ne travaille pas une douleur installée depuis huit ans en deux séances. Je propose en général un premier cycle de six à huit séances, avec un point d'étape à mi-parcours : si rien n'a bougé, on arrête et on cherche autre chose.

L'auto-hypnose fait le résultat. Une douleur chronique se vit tous les jours ; disposer d'un outil utilisable seul, chez soi, dans les transports, au travail, change davantage la vie qu'une séance mensuelle.

Aucun résultat n'est garanti. Certaines personnes obtiennent une amélioration franche, d'autres une amélioration partielle, d'autres rien. Je le dis dès la première consultation.

La place dans le parcours de soins

L'hypnose n'a de sens qu'articulée au reste : votre médecin traitant, le spécialiste qui suit votre pathologie, éventuellement un centre d'étude et de traitement de la douleur, la kinésithérapie, l'activité physique adaptée. Je travaille en lien avec eux, et je transmets systématiquement un compte rendu à votre médecin traitant si vous le souhaitez.

Un praticien qui vous propose d'arrêter vos traitements pour « tout régler » par l'hypnose sort de son rôle. Vous pouvez partir.

Cet article ne remplace pas une consultation. Il donne des repères généraux. Chaque situation demande une évaluation individuelle. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.

Consulter à distance : l'hypnose en visioconférence et l'EMDR en visioconférence.

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