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EMDR : à quoi ressemble une séance ?

Le déroulé d'une thérapie EMDR, phase par phase, ce que l'on ressent pendant le retraitement et dans les jours qui suivent.

Par le Dr Hemmati · · Lecture 8 min

Mur clair traversé par des ombres douces

L'EMDR intrigue. L'idée qu'on puisse alléger le poids d'un souvenir traumatique en suivant des yeux les doigts d'un thérapeute paraît, disons-le, assez peu crédible au premier abord. Ce qui suit décrit ce qui se passe réellement.

D'où ça vient

La méthode a été développée à la fin des années 1980 par la psychologue américaine Francine Shapiro, après une observation empirique : certains mouvements oculaires semblaient réduire l'intensité de pensées perturbantes. Ce qui aurait pu rester une curiosité a donné lieu à des dizaines d'essais contrôlés. L'EMDR figure aujourd'hui parmi les traitements recommandés du trouble de stress post-traumatique par l'Organisation mondiale de la santé et par la Haute Autorité de santé.

L'idée de départ : un souvenir mal rangé

Le modèle sous-jacent est celui du « traitement adaptatif de l'information ». En temps normal, une expérience difficile est digérée : elle s'intègre à votre histoire, se relie à d'autres souvenirs, perd progressivement sa charge.

Quand l'événement dépasse vos capacités du moment, ce traitement ne se fait pas. Le souvenir reste stocké sous une forme brute (images, sons, odeurs, sensations corporelles, émotions du moment), isolé du reste. C'est pour cela qu'un bruit de freinage, une odeur d'hôpital ou une intonation peut tout réactiver dix ans après, avec la même intensité qu'au premier jour.

L'EMDR vise à relancer ce traitement resté en suspens.

Les 8 phases du protocole

L'EMDR est un protocole structuré. On ne commence pas à retraiter dès la première séance. C'est même souvent l'inverse.

Phases 1 et 2 : histoire et préparation

Une à plusieurs séances, sans aucune stimulation. On reconstitue votre histoire, on identifie les événements à travailler et on évalue vos ressources : votre entourage, votre stabilité actuelle, votre capacité à réguler une émotion forte.

C'est aussi le moment où j'installe des outils de sécurité, notamment le « lieu sûr », une représentation mentale apaisante que vous pourrez mobiliser si une séance devient trop intense. Cette phase n'est jamais bâclée : elle conditionne tout le reste.

Phase 3 : l'évaluation de la cible

Nous choisissons un souvenir précis à traiter, puis nous en isolons quatre éléments : l'image la plus marquante, la croyance négative sur vous-même qui y est associée (« je suis en danger », « je n'ai rien pu faire »), l'émotion ressentie, et l'endroit du corps où elle se loge. Vous évaluez l'intensité sur une échelle de 0 à 10.

Phase 4 : la désensibilisation

C'est la partie que tout le monde connaît. Vous gardez en tête l'ensemble (image, croyance, sensation) pendant que je vous propose des stimulations bilatérales alternées : mes doigts que vos yeux suivent de gauche à droite, ou des sons alternés dans un casque, ou de légers tapotements sur les mains.

Une série dure une trentaine de secondes. Puis je m'arrête et je vous demande simplement : « Qu'est-ce qui vient ? » Vous dites ce qui s'est présenté : une image, une pensée, une sensation, parfois rien. Et on repart.

Vous n'avez pas à raconter le détail de l'événement. L'EMDR travaille sur ce qui émerge, pas sur le récit. C'est une différence importante avec d'autres thérapies, et c'est souvent un soulagement pour les personnes qui redoutent d'avoir à tout reprendre à voix haute.

Au fil des séries, quelque chose se déplace. Le souvenir devient plus lointain, l'image se brouille, l'émotion baisse. On continue jusqu'à ce que le niveau de perturbation approche de zéro.

Phase 5 : l'installation

On renforce cette fois une croyance positive (« c'est terminé », « j'ai fait ce que j'ai pu ») jusqu'à ce qu'elle sonne juste, pas seulement intellectuellement.

Phase 6 : le scanner corporel

Vous parcourez mentalement votre corps en repensant à l'événement, pour vérifier qu'aucune tension résiduelle ne subsiste. S'il en reste, on la retraite.

Phase 7 : la clôture

Toute séance se termine par un retour au calme, même si le retraitement n'est pas terminé. Vous ne repartez jamais en pleine tempête. Je vous donne aussi des repères pour les jours qui suivent.

Phase 8 : la réévaluation

À la séance suivante, on vérifie ce qui est resté acquis et ce qui a bougé entre-temps. Puis on décide de la suite.

Ce que l'on ressent

Pendant une séance de retraitement, l'expérience est très variable. Certaines personnes revoient des images avec netteté, d'autres ressentent surtout des sensations corporelles, d'autres encore voient surgir des souvenirs sans rapport apparent. C'est souvent le signe que le traitement fonctionne, le cerveau reliant des choses jusque-là isolées.

Les émotions peuvent être fortes. Pleurer, trembler, avoir chaud, sentir sa gorge se serrer : rien de tout cela n'est anormal. Vous gardez à tout moment la possibilité de faire une pause.

Le souvenir ne s'efface pas. Il cesse simplement d'être un présent qui revient sans prévenir.

Dans les 24 à 72 heures qui suivent, il n'est pas rare de se sentir remué : fatigue, rêves plus présents, émotivité, pensées qui continuent de se réorganiser. C'est attendu, et cela s'apaise. Je conseille en général de ne pas prévoir de soirée exigeante juste après.

Combien de séances ?

Cela dépend entièrement de ce qui est travaillé.

  • Un événement unique chez un adulte par ailleurs solide. Accident, agression isolée : souvent trois à six séances de retraitement, préparation comprise.
  • Des traumatismes répétés ou anciens, notamment dans l'enfance : un travail beaucoup plus long, avec une phase de stabilisation qui peut à elle seule occuper plusieurs mois.

Se méfier des annonces du type « guérison en trois séances » : elles ne tiennent pas compte de la diversité des situations.

Contre-indications et précautions

Elle n'est pas non plus le bon point de départ quand la situation est instable : période de crise, sevrage en cours, danger encore présent. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a rien à faire, mais qu'un accompagnement plus rapproché doit venir d'abord. Si vous traversez un moment difficile, parlez-en à votre médecin traitant. Certains troubles psychiques demandent par ailleurs un encadrement spécialisé, et une grossesse, une pathologie cardiaque ou une épilepsie justifient d'adapter les modalités.

C'est la raison pour laquelle une évaluation médicale précède toujours l'entrée dans le protocole.

Comment choisir un praticien

L'EMDR ne s'improvise pas. Un praticien correctement formé est un professionnel de santé mentale (médecin, psychologue, psychiatre) ayant suivi une formation complète en deux niveaux auprès d'un organisme reconnu, et bénéficiant d'une supervision. Posez la question de la formation : une réponse claire est le premier signe de sérieux.

Cet article ne remplace pas une consultation. Il donne des repères généraux. Chaque situation demande une évaluation individuelle. En cas d'urgence, appelez le 15 ou le 112.

Consulter à distance : l'hypnose en visioconférence et l'EMDR en visioconférence.

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